Portrait de David Lorrain, fondateur de Recyclivre

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Aujourd’hui, David Lorrain, fondateur de RecycLivre, a accepté de répondre à nos questions et de nous parler de son entreprise, 8 ans après sa création !

Quel a été ton parcours avant RecycLivre et qu’est-ce qui t’a donné envie de créer cette entreprise ?

J’ai fait des études à Dauphine en finance, puis je suis parti travailler sur les marchés financiers à Londres, avec en tête l’idée d’avoir mis suffisamment d’argent de côté afin de pouvoir créer quelque chose. C’était donc un moyen et pas une fin. C’était avant l’euro, et j’étais vendeur sur les taux d’intérêt en Deutschemark et en Francs. Devant la vacuité intellectuelle du métier je quitte Londres 2 ans après y être arrivé pour rentrer à Paris et commencer à travailler pour une petite boîte d’événementiel où j’étais en charge d’organiser des courses automobiles au Portugal pour Renault Sport. J’ai partagé mon temps entre Paris et le Portugal pendant un an.

A côté de ça, j’ai eu la chance d’avoir eu un ordinateur à la maison depuis tout petit, et d’avoir surfé pour la première fois en 94 au tout début d’internet grâce à une salle à la fac qui était connectée. Les années 1999-2000, c’était la bulle internet. Je suis rentré dans une agence web pour faire de la gestion de projet, créer des sites internet pour des clients. J’y suis resté trois ans puis j’ai eu envie de prendre l’air. Je suis alors parti un an en voyage, en Nouvelle-Zélande, Australie et Inde. Alors que l’America’s Cup se déroule en Nouvelle Zélande, je rencontre des membres de l’équipe suisse gagnante de l’édition 2003. Je commence à travailler à Genève pour l’organisation de l’édition 2007 qui se déroulera à Valencia en Espagne. Je suis en charge de la stratégie online de l’événement. Une expérience magique ou nous passons de 15 à 400 personnes dans l’organisation avec plus de 32 nationalités différentes.

Lors de mon retour à Paris je décide de lancer le site « RecycLivre », collecte et revente de livres d’occasion sur internet, en cherchant à avoir un minimum d’impact sur la planète et un maximum sur l’Homme. Je mets les premiers livres en vente un vendredi soir en novembre 2008 et la première vente est le lendemain à 4h du matin. Mon historique est important car je suis arrivé sur ce marché en venant du milieu d’internet, en sachant coder contrairement aux acteurs présents à cette époque-là qui étaient des libraires qui vendaient sur internet. Dès le début j’ai mis en place l’automatisation poussée au maximum, pour ainsi ne pas perdre de temps ni par livre inséré, ni sur la vente. Nous n’allions pas gagner beaucoup d’argent par livre donc il fallait en vendre beaucoup. A ce moment-là, je collecte autour de moi, par le bouche-à-oreilles. Je fais le point en juin 2009 et je décide de continuer. Je ne savais pas si cela allait marcher mais cela valait le coup de continuer… Je fais alors une petite levée de fonds en juillet pour embaucher le premier collaborateur.

Je suis quelqu’un qui aime bien savoir où il va et stabiliser les choses, j’ai donc pris le temps pour solidement développer l’entreprise mais aujourd’hui, ça y est, nous avons officiellement fini de couvrir la France ! Nous avons mis 8 ans pour l’expansion nationale.

Quelles sont les personnes qui ont joué un rôle important à tes côtés dans l’entreprise ?

D’abord mes proches parce que ce n’est pas facile tous les jours. Aujourd’hui 8 ans après, cela paraît facile… mais je suis passé par des périodes peu évidentes, des périodes de questionnement, de doute. C’est important d’avoir des personnes qui comprennent, qui nous encouragent. En premier lieu Anne, ma compagne, qui est journaliste freelance qui connaît la prise de risque et les incertitudes. Il y a également eu des moments importants dans l’accompagnement dont j’ai pu bénéficier, sans vouloir apporter de l’eau à votre moulin (rires). J’ai été pris dans deux programmes de changement d’échelle, celui d’Antropia à l’ESSEC et un autre qui s’appelle Booster, il y a 2 ans. Cela m’a permis d’avoir des moments d’échange importants pour sortir la tête de l’eau. Et ensuite, c’est un ensemble de personnes que tu rencontres, qui te font voir des choses différemment. Aujourd’hui il y a Emmanuel de Courcel et Olivier Chanut d’Investir &+, c’est un plaisir de partager des choses avec eux, leurs apports sont précieux et, en toute honnêteté, je pense que nous n’en serions pas là aujourd’hui s’ils n’étaient pas là, nous y serions peut-être arrivés mais plus lentement.

Il y a aussi un livre qui a été important pour moi, c’était comme une rencontre, « Liberté & Cie » d’Isaac Getz. J’ai trouvé dans ce livre la formalisation de différentes choses que j’avais plus ou moins mises en place sans pouvoir les synthétiser comme il l’a fait. C’est un livre que j’offre maintenant à tous les collaborateurs nouvellement arrivés chez RecycLivre pour leur expliquer quelle est la position de l’entreprise et notre vision du management.

Quelle est la plus grande fierté de ta vie d’entrepreneur ?

Je vais t’en citer deux. La première c’est d’avoir créé une équipe de 14 personnes aujourd’hui qui est heureuse de travailler, fourmille d’idées, soudée, des personnes qui vont aider l’autre et qui vont toutes dans la même direction, changer le monde pour le rendre meilleur. La deuxième, dans un sens plus élargi avec Ares, c’est de pouvoir, grâce à l’activité que l’on génère, sortir des personnes de la difficulté et leur remettre un pied à l’étrier. Il y en a plein, et toutes différentes. Je cite souvent la même personne parce que c’est un exemple qui est assez marquant pour moi : c’est une personne qui est arrivée chez Ares à 22 ans et qui avait l’impression que tout était fini pour elle … que la vie était terminée, son avenir bouché. Le fait de lui faire confiance pour une petite tâche, puis une deuxième, puis une troisième, lui a permis de reprendre confiance en elle et six mois après ce n’est plus la même personne, elle sourit, est fière de ce qu’elle fait, est heureuse, l’avenir est de nouveau « vert » pour elle.

Un conseil pour entreprendre ?

Se faire entourer au maximum, et aller chercher la critique bienveillante. Être entouré de personnes qui disent « c’est super » ça ne sert pas à grand chose, de personnes qui disent « c’est nul tu n’y arriveras jamais » ça ne sert pas à grand chose non plus ; en revanche, être entouré de personnes qui disent « c’est pas mal mais pourquoi est-ce que tu ne ferais pas ça comme ça ? » est plus intéressant. Donc le conseil que je donnerais ce serait ça, être entouré de personnes bienveillantes tout en étant critiques. Et c’est utile à tous les niveaux de développement.

Innover, encore et encore.

Et un dernier conseil : faites du sport !

Maintenant que l’expansion nationale est terminée, quelles sont les prochaines étapes de Recyclivre ?

En 2017, l’objectif est d’ouvrir un bureau en Espagne. Après ça il y aura une période de stabilisation puis le prochain défi sera d’aller dans d’autres pays en Europe, répliquer ce qu’on a fait. Il y a des barrières supplémentaires qui sont la langue, la distance, les lois, la maturité du marché… A terme, pourquoi ne pas aller plus au sud de l’Espagne et aller en Afrique.

Une valeur de ton entreprise que tu aimerais partager avec nos lecteurs ?

La solidarité, ça peut paraître bateau mais je pense que c’est ce qui nous tient à cœur dans tous les sens du terme, que ça soit la solidarité vis-à-vis des personnes qui sont exclues du marché de l’emploi, des personnes qui ne savent pas lire, des personnes au sein de RecycLivre qui sont solidaires entre elles qui réfléchissent non pas seulement pour elles mais aussi aux implications de leur travail autour d’elles.

Est-ce que selon toi avoir un aspect social à ton projet a été un accélérateur ou un frein dans ton développement ? Est-ce que le modèle a été plus long à mettre en place en raison de cela ?

Ça va plus loin que le « social et solidaire », c’est une façon de penser, une façon de réfléchir. Est-ce que ça a été handicapant ou un accélérateur ne rentre pas en ligne de compte pour moi. Je n’aurais pas fait sans, c’est intrinsèque au projet, et ça apporte plus d’avantages que d’inconvénients. Ça fait un peu démago mais je pense que l’on devrait catégoriser les « autres entreprises » comme « pas sociales et pas solidaires » plutôt que les entreprises du type de RecycLivre « sociales et solidaires »

Ça facilite tellement les choses, je le vois tous les jours. Avec des partenaires qui partagent nos valeurs c’est beaucoup plus simple de travailler. Avec Ares : ça fait 8 ans que nous travaillons ensemble, il y a forcément des points de tension car ça reste du business mais nous avons quelque chose qui est au dessus de nous. De la même manière en interne : nous faisons notre job, nous avons notre salaire à la fin du mois mais il y a quelque chose qui nous fédère. En termes de ressources humaines c’est forcément appréciable, j’ai des personnes qui sont chez nous parce qu’elles aiment leur travail mais aussi parce que nous portons des valeurs et cherchons à changer le monde ensemble. Il y a une prime globale qui est l’intéressement, qui est au prorata temporis chacun va toucher la même prime s’ils sont restés le même nombre de jours dans l’entreprise. Ça marche et ça simplifie tellement les relations.

Qu’est ce qui selon toi nécessite le plus de temps dans la création d’entreprise ?

Au début c’est surtout le business plan !

Une chose pour laquelle tu aimerais avoir plus de temps ?

Pas vraiment, J’ai pris la décision, il y a deux ans, de prendre une journée par semaine pour m’extraire du quotidien, prendre du recul, m’intéresser à d’autres choses que la marche directe de l’entreprise et ainsi continuer à avoir des idées et innover. Je pense que c’est une des meilleures décisions que j’ai prises.

Une impression sur le « slow movement » ?

Pour moi le slow ça correspond plutôt à des tempéraments et des personnalités. Il y a des personnes qui font tout très vite sans se poser ou se structurer et moi je fais plus les choses en me posant. Ça dépend des gens, ces personnes-là ne pourraient pas faire un slow et David Lorrain ne pourrait pas faire un fast.

Une citation inspirante à partager ?

« Une innovation n’est pas une idée nouvelle en plus, mais une vieille certitude en moins. » Bertrand Piccard.

L’innovation ne tombe pas du ciel, c’est parce que nous avons été inspirés, parce que nous avons vu d’autres choses, que nous avons fait des analogies avec d’autres business, que nous avons pensé autrement, etc.

L’innovation n’est pas quelque chose qui n’a jamais été fait avant, c’est une mise en œuvre de plein de briques déjà existantes.

Merci beaucoup David, et bravo pour tout le chemin parcouru avec RecycLivre !

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